Chemin de Compostelle : en route !
Chemin de Compostelle – La préparation
Vous avez sans doute déjà entendu parler du pèlerinage de Saint-Jacques conduisant sur le chemin de Compostelle que nous appelons aussi :
- Santiago de Compostela
- ou encore El Camino de Santiago
- ou plus simplement El Camino (le chemin).
Avec Jérusalem et Rome, il était au Moyen-Âge l’un des plus importants pèlerinages de la chrétienté et est aujourd’hui sans doute le plus connu et le plus fréquenté.
On en fait :
- des livres comme « Le Pèlerin de Compostelle » de Paulo Coelho,
- des documentaires,
- et même un film « Saint-Jacques… La Mecque » réalisé par Coline Serreau.
Mais qu’est-ce qui pousse sur le chemin de Compostelle ?
Oui, qu’est qui pousse donc tous ces gens à marcher en direction du tombeau de Saint-Jacques ?
Un effet de mode ? Une démarche mystique ? Une quête spirituelle ? Un challenge sportif ? Un simple hasard ?..
Pour avoir suivi le chemin de Compostelle par deux fois, je sais qu’à chaque pèlerin sa réponse.
Personne n’y vient pour la même raison que son compagnon de route, mais je pense que nous en sortons tous et toutes avec une transformation profonde de notre être.
Que nous parcourions 3000 kilomètres à pied ou bien les 100 derniers (c’est le « minimum syndical » pour affirmer avoir fait le chemin), que nous venions du Sud de la France ou de l’autre bout du monde, que nous soyons un homme ou une femme, handicapé·e ou sportif·ve accompli·e, chômeur·se, ouvrier·ère, cadre ou chef·fe d’entreprise, tout le monde ressort grandi de cette aventure incroyable et incomparable.
Tout commence par la rencontre d’un pèlerin de passage en Touraine
Effectivement, le chemin de Compostelle ne se trouve pas qu’en Espagne et il passe un peu partout en Europe.
Je suis intrigué par ce personnage et j’écoute son récit avec beaucoup d’attention sans imaginer un instant qu’un jour mon tour viendrait.
Petit à petit, l’idée germe en moi jusqu’à devenir une évidence.
Je dois partir, prendre le large, aller sur le chemin pour trouver mon chemin.
Comme je n’ai jamais fait de randonné et qu’un déplacement à pied n’est pour moi qu’une courte distance me permettant d’aller de mon domicile à la boulangerie, je me prépare minutieusement pendant six mois.
Une toute première rencontre sur mon chemin de Compostelle
Durant cette préparation, je rencontre à Tours un autre pèlerin qui vient de Paris.
Il est attablé au bord de la Loire et déguste un bout de fromage et de pain.
L’occasion est trop belle, je lance un « Salut, ça va ? ».
J’ai des questions à lui poser pour me rassurer, et il a besoin de réconfort, car son voyage est déjà long et pénible.
Nous partageons quelques mots et quelques regards.
Il me parle de sa souffrance, de ses doutes, de son angoisse de ne pas aller jusqu’au bout et ne peut retenir quelques larmes.
Je parle de ma peur de me lancer tout seul dans cette aventure et je garde mes larmes pour un autre jour.
Un moment fort aussi bien pour lui que pour moi.
Je réalise que j’ai raison de bien me préparer matériellement, physiquement et mentalement.
Il trouve dans cet échange de quelques minutes la force de poursuivre et peut-être d’aller jusqu’à Compostelle, ce que je ne saurais jamais.
Mais je prends conscience, ce jour-là, que l’important n’est pas d’arriver, mais de partir.
Ce qui est intéressant n’est pas d’avoir fait le chemin, mais d’être sur le chemin.
Il part de son côté et moi du mien.
Il suit son chemin et moi le mien.
À méditer
- « C’est toujours en tremblant qu’on fait le premier pas. » Sylvain Tesson
- « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. » Saint Augustin
- « Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. » Georges Bernanos
Mon chemin de Saint-Jacques – Le départ
Quelques semaines passent et je suis prêt à partir sur mon chemin de Saint-Jacques.
Du moins, c’est ce que je pense à quelques heures du départ.
Car au moment de partir et d’aller prendre mon train à destination du Sud de la France, je ne suis plus certain de rien.
Pire, le doute m’assaille avant de laisser place à une forte émotion qui me submerge.
Les larmes aux yeux, je n’y vois plus très clair, et je pense un court instant que la meilleure solution est de renoncer, puisque finalement à quoi bon allez perdre mon temps là-haut dans la montagne…
Je n’ai pas besoin de ça.
Mes pantoufles sont quand même plus confortables que mes godillots.
Ami du chemin de Saint-Jacques
Ami lecteur, je sais, ça ne pleure pas un homme.
C’est en acier inoxydable un bonhomme, et la pleurniche c’est un truc de bonne femme…
Tu sais bien, mon ami, que nous avons tous et toutes en nous une partie masculine et une partie féminine.
Alors, c’est ma partie féminine que je laisse pleurer à cet instant-là…
Amie du chemin de Compostelle
Amie lectrice, je sais, c’est nul de penser que seule une femme a le droit de pleurer.
Tu sais bien, mon amie, que l’émotion a du mal à se marier avec l’intelligence.
Tu sais aussi qu’un homme n’est pas si fort que cela et qu’il a tendance à fuir ces moments-là.
Il doit garder le contrôle et ne peut pas perdre la face.
Il doit rester solide comme un roc et ne peut donc pas craquer.
Sinon, ce n’est pas un homme…
Je sais que tu sais que ce n’est pas vrai.
Mais lui il ne l’a pas appris et répond inconsciemment à une injonction de son enfance :
- « Soit fort mon fils ! Ça pleure pas un homme ! ».
Alors, j’y vais ou j’y vais pas ?
Je saute sur l’occasion de me développer personnellement et en profite pour avancer spirituellement ?
Ou bien je reste planté-là, dans mon confort, mes croyances, mes doutes, mes craintes, mes peurs, mon ignorance ?
Je prends conscience de ma fragilité et suis en pleine bataille avec toutes les parties de mon être qui s’opposent les unes aux autres.
Sur mon épaule gauche, une petite voix m’encourage, alors que sur la droite, une autre me décourage.
J’assiste impuissant à cette partie de ping-pong qui me concerne, mais dont je reste spectateur.
En fait, je réalise que j’ai la trouille !
L’angoisse de partir vers l’inconnu et la peur d’affronter le vide qui est devant moi.
Car j’ai à ce moment-là le très fort pressentiment que ma vie ne sera jamais plus comme avant.
Plus qu’une simple intuition, j’ai l’intime conviction que je vais perdre la vie sur le chemin de Compostelle, et ne sais pas si, et comment, je vais renaître.
Comme c’est l’un des buts de mon voyage, la petite voix du cœur est la plus forte et l’emporte sur la raison.
J’empoigne mon sac à dos, mon bourdon*, je claque la porte derrière moi et tourne le dos à mon passé.
Ça y est ! Je pars sans me retourner…
* bâton de pèlerin du chemin de Saint-Jacques.
À méditer
- « Il y a des larmes plus douloureuses que celles que l’on pleure : ce sont celles que l’on n’arrive pas à pleurer. » Bertrand Vergely
- « Lève-toi et va vers toi-même. » Le Cantique des Cantiques
- « Ce qui est mauvais, ce n’est pas d’être chenille, c’est de refuser la transformation pour laquelle la chenille devient papillon. » Claude Tresmontant
Un jour, peut-être, je te raconterai, mon ami·e, mon chemin de Compostelle.
Mais, plutôt que de découvrir l’histoire d’un autre, pourquoi ne pas décider de partir aussi ?…
Article publié le 23 janvier 2011 – Dernière mise à jour le 17 novembre 2025
