Réduction d’Incidents Traumatiques ou méthode Frank Gerbode

Réduction d’Incidents Traumatiques (RIT) : la méthode de Frank Gerbode pour libérer les traumas
Mise au point en 1985 par le médecin psychiatre américain Frank Gerbode (1940), la Réduction d’Incidents Traumatiques – ou Traumatic Incident Reduction (TIR) – appartient à la famille des psychothérapies brèves.
Elle propose d’aider des personnes confrontées à des expériences traumatiques très variées, comme :
- un attentat ou une prise d’otages,
- une catastrophe naturelle ou matérielle,
- une agression physique ou sexuelle,
- mais aussi un accident, un avortement, une rupture sentimentale, etc.
La RIT postule que le sujet peut être libéré des conséquences émotionnelles et comportementales d’un traumatisme, peu importe le moment où l’incident s’est produit.
Le processus consiste à revoir mentalement et de manière structurée la séquence traumatique, du début à la fin, comme si l’on repassait une scène au ralenti.
Ce « visionnage interne » est répété jusqu’à ce que la charge émotionnelle négative disparaisse et laisse place à un ressenti stable, neutre ou même positif.
Ce moment final marque ce que Frank Gerbode appelle un end point, c’est-à-dire un point final, signe que l’incident ne génère plus de symptômes.
Qu’est-ce qu’un « incident » traumatique ?
Dans la terminologie de Gerbode, un « incident » est un événement passé contenant :
- une forte charge émotionnelle,
- une rupture du sentiment de contrôle,
- et une « intention non résolue », c’est-à-dire quelque chose qui n’a pas pu être compris, accompli ou intégré.
C’est précisément cette dimension « inachevée » qui, selon la méthode, maintient vivants les effets du traumatisme.
La Réduction d’Incidents Traumatiques vise donc à décharger l’énergie émotionnelle résiduelle pour permettre une résolution complète.
Ainsi, le nom de la méthode vient directement de cette idée qui est de réduire, dissoudre, libérer ce qui reste bloqué dans l’incident.
Fondements théoriques : Freud, Rogers et la métapsychologie
La RIT s’inscrit à la croisée de plusieurs influences psychothérapeutiques solides, dont voici une courte présentation.
1. Sigmund Freud et son héritage psychanalytique
La psychanalyse a été la première grande discipline à définir le traumatisme psychique.
Celui-ci peut-être ici brièvement défini comme étant un événement trop intense pour être traité par le psychisme, qui revient ensuite sous forme de symptômes, de reviviscences ou d’angoisses.
Gerbode semble reprendre cette idée du « matériel traumatique non élaboré », tout en l’abordant avec une méthode active, courte et très structurée.
2. Carl Rogers et son influence humaniste
La posture du praticien ou de la praticienne en RIT s’inspire, d’après nous, de Rogers, via les points suivants :
- non-jugement,
- écoute active,
- absence d’interprétation,
- et confiance dans la capacité intrinsèque du sujet à se comprendre et à se libérer.
Gerbode considère le patient comme étant l’acteur central du processus, le praticien jouant plutôt un rôle dit de facilitateur.
3. Métapsychologie de Gerbode
Frank Gerbode a donc construit autour de sa méthode un cadre conceptuel basé sur la métapsychologie, centré sur l’expérience subjective et la capacité humaine à se libérer des charges émotionnelles laissées par les traumatisations passées.

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Comment se déroule une séance de Réduction d’Incidents Traumatiques ?
Comme toute approche de reviviscence traumatique la méthode RIT :
- nécessite un cadre sûr,
- demande un·e praticien·ne rigoureusement formé·e (voir ci-après),
- car elle peut faire émerger des émotions très fortes.
La séance est toujours :
- directive dans le protocole,
- non-directive dans le contenu.
Le facilitateur ou la facilitatrice guide la séance, mais ne commente jamais ce que vit la personne en consultation.
Cette dernière revoit la scène traumatisante jusqu’à ce que celle-ci perde son intensité émotionnelle.
Le travail s’arrête lorsque le point final déjà évoqué est atteint, ce qui peut-être vérifié grâce à certains indicateurs concrets :
- respiration plus calme,
- distance émotionnelle,
- clarté intérieure…
Formation des facilitateur·trice·s
Comme la plupart des méthodes de ce genre, la formation repose sur :
- l’apprentissage du protocole,
- une posture spécifique d’écoute sans interprétation,
- un entraînement pratique encadré en supervision.
Frank Gerbode insiste sur l’importance du respect strict des règles de facilitation, car toute déviation peut interférer avec la résolution émotionnelle.
Qu’est-ce que la reviviscence traumatique ?
Nous avons évoqué cette terminologie ci-dessus, et comme elle n’est pas forcément parlante pour tout le monde, voici une proposition de définition adaptée à cet article.
La reviviscence traumatique désigne le phénomène par lequel une personne va revivre, de manière intense et involontaire, un événement traumatique passé.
Il peut s’agir :
- d’images mentales,
- de sensations corporelles,
- d’émotions envahissantes,
- de flashbacks,
- ou d’un sentiment de rejouer, de (re)vivre la scène, comme si elle se (re)produisait à nouveau.
Dans la clinique du traumatisme, la reviviscence est le signe qu’une partie de l’expérience n’a pas été assimilée psychiquement.
Le souvenir n’est pas intégré, il se répète.
Ce mécanisme est au cœur de nombreuses souffrances post-traumatiques et constitue précisément ce que la Réduction d’Incidents Traumatiques cherche à désamorcer.
À savoir permettre que la scène puisse être revisitée volontairement, en sécurité, jusqu’à perdre sa charge émotionnelle.
Pour aller plus loin : autres méthodes et livre
Deux autres méthodes (au moins) peuvent aussi vous intéresser : il s’agit de l’EMDR et des TCC du trauma.
Ce livre de référence pourrait également vous convenir :
- Frank Gerbode, Beyond Psychology: An Introduction to Metapsychology [1995] (Au-delà de la psychologie : introduction à la métapsychologie), 4e [Inst for Research in metapsychology], 2013 (4ème édition).
FAQ Réduction d’Incidents Traumatiques
La RIT est-elle une forme d’hypnose ?
Non. Même si la personne revisite ses souvenirs, elle reste en état de conscience ordinaire.
Peut-on traiter plusieurs traumatismes ?
Oui. La méthode distingue les incidents individuels et les « chaînes d’incidents » liés.
Combien de séances sont nécessaires ?
Cela dépend du vécu et de chaque personne, mais le protocole est conçu pour être bref.
La RIT remplace-t-elle une psychothérapie complète ?
Elle peut être un outil puissant, mais ne remplace pas toutes les approches thérapeutiques.
Mon avis sur la Réduction d’Incidents Traumatiques
La Réduction d’Incidents Traumatiques se présente avant tout comme une technique ciblée, visant à atténuer la charge émotionnelle associée à un événement précis.
À ce titre, elle se distingue d’une psychothérapie au sens classique, qui s’inscrit généralement dans une temporalité plus longue et dans une élaboration globale du sujet.
La méthode repose sur une conception du trauma centrée sur « l’incident », entendu comme un événement ponctuel ayant laissé une trace émotionnelle non intégrée.
Cette approche peut s’avérer pertinente pour certains traumatismes clairement identifiables.
Mais elle montre probablement ses limites lorsqu’il s’agit de vécus traumatiques complexes, diffus ou répétés, qui ne se laissent pas réduire à un seul événement.
D’autre part, en se concentrant principalement sur la réduction de la charge émotionnelle associée à l’incident, la méthode peut parfois laisser en arrière-plan l’élaboration subjective du vécu traumatique.
C’est-à-dire la manière dont l’événement s’inscrit dans l’histoire, les relations et l’économie psychique de la personne.
De plus, comme d’autres approches brèves orientées vers le soulagement des symptômes, la Réduction d’Incidents Traumatiques peut parfois véhiculer, implicitement, l’idée d’une résolution relativement rapide du trauma.
Or, pour certaines personnes, le travail de symbolisation et d’intégration nécessite un temps plus long et un accompagnement plus global.
Enfin, l’efficacité et la sécurité de la méthode reposent en grande partie sur le respect strict de son cadre et sur la capacité du ou de la praticien·ne à évaluer correctement les indications et les contre-indications.
Par conséquent, utilisée sans le bon discernement, elle peut s’avérer insuffisante, voire inadaptée, pour certaines situations cliniques complexes.
Alors, la Réduction d’Incidents Traumatiques vous semble-t-elle suffisante pour traiter un vécu traumatique, ou plutôt pertinente comme outil ponctuel au sein d’un accompagnement thérapeutique plus large ?