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Projet-sens : comprendre un concept clé en psychogénéalogie

Le projet-sens est un concept issu de certains courants de la psychogénéalogie qui propose une lecture du contexte entourant la conception, la grossesse et la naissance comme pouvant influencer le développement psychologique d’une personne.

Cette notion, largement diffusée mais aussi discutée, ne constitue pas une vérité scientifique établie : elle s’inscrit dans un cadre théorique et clinique interprétatif, utilisé par certain·e·s praticien·ne·s pour explorer l’histoire familiale.

Dans cet article, vous découvrirez :

  • ce que signifie le concept de projet-sens,
  • d’où vient cette notion,
  • comment elle est utilisée en psychogénéalogie,
  • et quelles sont ses limites et les précautions d’interprétation.

Qu’est-ce que le projet-sens ?

Le projet-sens désigne une hypothèse de lecture selon laquelle certains éléments entourant la conception, la grossesse, la naissance et les attentes parentales pourraient influencer le développement psychologique de l’enfant.

Autrement dit, il s’agit d’explorer l’idée que l’arrivée d’un enfant peut être inscrite dans un ensemble de représentations, de désirs, de projections ou de contextes familiaux qui donnent un « sens » particulier à cette naissance.

Ce sens ne serait pas seulement symbolique ou narratif, car il pourrait, dans cette perspective, laisser une empreinte subjective durable.

Il est essentiel de préciser dès ce stade que le projet-sens n’est pas une théorie scientifiquement validée.

En effet, il s’agit d’un concept élaboré dans un cadre clinique et théorique, principalement utilisé dans certaines approches de psychogénéalogie comme outil d’exploration et d’interprétation, et non comme explication causale démontrée.

Pour résumer cette tentative de définition, il s’agit principalement d’une « projection inconsciente des parents sur l’enfant », comme l’écrivent Aline Sarradon-Eck et Coralie Caudullo dans leur article « Le décodage biologique. Diffusion d’une nouvelle médecine non-conventionnelle contre le cancer », Anthropologie des soins non conventionnels du cancer, Anthropologie & Santé, n° 2, 2011.

D’où vient le concept de projet-sens ?

Le concept de projet-sens est associé aux travaux du psychiatre Marc Fréchet, qui a proposé une lecture du vécu prénatal et des premières étapes de vie comme éléments significatifs dans la construction psychique.

Ses idées ont ensuite été diffusées et popularisées dans le champ de la psychogénéalogie, notamment par Anne Ancelin Schützenberger, figure majeure de ce courant.

Elle a contribué à intégrer et à faire connaître cette notion dans des approches centrées sur les transmissions familiales et les répétitions transgénérationnelles.

Au fil du temps, le projet-sens a été repris, adapté et parfois transformé selon les écoles et les praticien·ne·s.

Certaines approches lui accordent une place centrale dans l’analyse des dynamiques familiales, tandis que d’autres le considèrent comme une piste secondaire, voire le questionnent fortement.

Cette diversité d’usages est importante : elle montre que le projet-sens ne constitue pas un cadre homogène, mais un ensemble d’interprétations évolutives.

Quels éléments sont pris en compte dans le projet-sens ?

Le projet-sens s’appuie sur l’exploration de plusieurs dimensions de la période entourant la naissance.

Ces éléments sont envisagés comme des pistes de compréhension, et non comme des causes établies.

On retrouve notamment :

  • Le contexte de la conception : circonstances relationnelles, désir ou non-désir d’enfant, conditions émotionnelles ou matérielles.
  • Le désir d’enfant : intensité du souhait parental, attentes conscientes ou implicites, place de l’enfant dans le projet familial.
  • La grossesse : vécu émotionnel, événements marquants, représentations associées à l’enfant à naître.
  • La naissance : conditions d’accouchement, séparation éventuelle, accueil de l’enfant dans la famille.
  • Les attentes parentales : projections, fantasmes, assignations symboliques parfois attribuées à l’enfant.
  • Les premiers événements de vie : expériences précoces pouvant être interprétées comme significatives dans certaines lectures psychogénéalogiques.

Dans cette perspective, ces éléments ne sont pas considérés isolément, et ils sont mis en relation afin de construire une narration cohérente, susceptible d’éclairer certains ressentis ou dynamiques psychiques.

Toutefois, au risque de nous répéter, cette cohérence reste interprétative et ne relève pas d’un lien de causalité démontré.

Quelle place occupe le projet-sens en psychogénéalogie ?

Le projet-sens n’occupe pas une place uniforme au sein de la psychogénéalogie.

En effet, il peut être central dans certaines approches, tandis que d’autres courants privilégient d’autres outils d’analyse.

Lorsqu’il est mobilisé, il s’articule souvent avec :

  • Le génogramme, qui permet de cartographier les liens familiaux et les événements marquants.
  • Les transmissions familiales, notamment les répétitions de schémas ou de récits.
  • Les loyautés familiales, qui désignent les obligations implicites ressenties au sein de la lignée.
  • Ou encore les récits de vie, utilisés pour reconstruire une cohérence narrative de l’histoire individuelle.

Dans ce cadre, le projet-sens peut servir de point d’entrée pour interroger la manière dont une naissance a été vécue et racontée, mais il n’est jamais l’unique grille de lecture.

Où trouver le projet-sens ?

Comme il s’agit d’une période se déroulant autour de la naissance de l’enfant, il suffit d’avoir sa date de naissance pour savoir où chercher.

C’est là, au moment où il vient au monde, que le monde va l’influencer inconsciemment.

Et même avant, nous disent les psychanalystes, puisque le désir d’enfant et les attentes qui vont avec, ou le non-désir (cas extrême du viol, par exemple) et le potentiel rejet (du produit de ce viol), vont forcément rejaillir sur l’enfant.

Cette période ne s’arrête donc pas uniquement au jour de naissance et peut s’étendre sur environ deux ans et demi comprenant :

  • la période prénatale, jusqu’à une année (et même plus) avant la date de conception (projections des parents…) ;
  • la période postnatale (éducation en fonction des projections parentales…) ;
  • sans oublier bien entendu la vie intra-utérine où l’enfant est bien plus à l’écoute qu’il n’en a l’air, nous dit Françoise Dolto.

Cette durée est théorique et peut donc s’étendre puisqu’elle est très élastique.

Pourquoi est-ce si important de le trouver ?

Avec l’aide du (ou de la) psychogénéalogiste, l’idée est d’aller puiser dans ce qui peut s’envisager comme une bibliothèque d’informations inconscientes.

Plus que des informations à recueillir, l’orientation est ensuite d’aller chercher la mission inconsciente que l’enfant reçoit, mais aussi qu’il va accepter.

Cela, par loyauté et fidélité à ses géniteurs, puisque sans eux, il ne serait pas là.

Comment alors ignorer ce cadeau (un peu empoisonné donc) qu’est la vie ?

Le sens du travail va alors être de se libérer des attentes inconscientes familiales (et plus largement environnementales, c’est-à-dire sociétales…).

Par conséquent, la communication avec l’inconscient est nécessaire, puisque qui se souvient, vraiment et clairement, de cet âge-là ?

D’accord, il est possible de demander aux personnes alors présentes, dont les parents (s’ils sont connus).

Mais il ne s’agira que de leur version de l’histoire, riche en événements divers et en actualités variées.

Pas du véritable sens donné par l’enfant.

C’est là, dans ce sens donné par la personne concernée qu’il convient de chercher.

Dans la partie inconsciente de cet esprit où ce sens (encore) caché agit en permanence, contre le grès de son porteur.

Parfois pour son bien, et alors c’est tant mieux si cela va dans le bon sens.

Parfois pour son malheur, et dans ce cas vous comprenez l’importance d’agir sur elle pour l’empêcher de continuer de nuire.

Le but est donc d’agir sur cette programmation inconsciente, ou pour le moins sur celle engendrant du négatif.

C’est d’ailleurs toujours pour cette raison (pour les effets négatifs) qu’une personne vient consulter un·e psychogénéalogiste.

Car qui veut s’empêcher de profiter du positif, même si celui-ci est engendré par une programmation inconsciente ?…

Comment le projet-sens est-il exploré ?

Dans les pratiques cliniques ou d’accompagnement inspirées de la psychogénéalogie, le projet-sens est généralement exploré à travers plusieurs méthodes complémentaires.

On retrouve notamment :

  • Les entretiens approfondis, permettant de retracer les circonstances de la naissance et les représentations associées.
  • L’exploration de l’histoire familiale, incluant les récits transmis, les silences et les non-dits.
  • Les témoignages des proches, lorsqu’ils sont accessibles et pertinents.
  • Les archives et documents familiaux, tels que carnets, lettres, photos ou récits médicaux.
  • Le croisement des points de vue, afin de confronter différentes versions d’un même événement.

L’objectif n’est pas de dégager une explication unique ou définitive, mais de mettre en perspective plusieurs éléments afin de faire émerger des hypothèses de compréhension.

Cette démarche repose donc sur une construction progressive du sens, et non sur une démonstration.

Comment se débarrasser du projet-sens ?

On ne cherche pas à se débarrasser du projet-sens, juste de ses effets négatifs.

En effet, un projet-sens n’a pas que des effets négatifs et, nous l’avons dit, il est important de préserver les effets positifs, puisqu’on peut en profiter pleinement.

Pour ce faire, le (ou la) psychogénéalogiste va, par exemple, préconiser un acte symbolique (voire plusieurs si cela s’avère nécessaire).

Cet acte est réalisé par la personne venue consulter, puisque c’est cette action personnelle (et personnalisée) qui va éliminer l’effet négatif.

Du moins, c’est son objectif.

Ainsi, personne ne peut le faire pour vous !

C’est la raison pour laquelle le·la psychogénéalogiste doit se former, aussi bien :

  • sur le concept du projet-sens,
  • que sur la manière d’enquêter sur l’environnement familial (désir, non-désir, etc.), mais aussi plus global (actualité sociale, politique, etc.).

Que dit la recherche ?

Du point de vue scientifique, le projet-sens ne fait pas l’objet d’une validation empirique spécifique.

On peut néanmoins distinguer plusieurs niveaux d’éclairage :

  • Les observations cliniques, issues de pratiques thérapeutiques, qui relèvent de retours d’expérience mais ne constituent pas des preuves scientifiques.
  • Les apports de la psychologie du développement, qui étudient les influences précoces sur le développement, mais sans valider les interprétations spécifiques du projet-sens.
  • Les limites méthodologiques, notamment l’impossibilité de tester de manière contrôlée les hypothèses liées aux représentations familiales autour de la naissance.
  • L’absence de consensus scientifique, le concept restant propre à certains courants de la psychogénéalogie et de l’approche clinique narrative.

Ainsi, si le projet-sens peut être mobilisé comme outil de réflexion dans certains contextes thérapeutiques, il ne fait pas partie des concepts reconnus comme établis par la recherche scientifique contemporaine.

Les précautions d’interprétation

L’un des enjeux majeurs liés au projet-sens concerne son usage interprétatif, car mal employé, il peut conduire à des lectures simplificatrices de trajectoires humaines complexes.

Plusieurs précautions sont alors essentielles :

  • Éviter le déterminisme : la naissance et son contexte ne déterminent pas à eux seuls un parcours de vie.
  • Ne pas confondre hypothèse et certitude : le projet-sens propose une lecture possible, pas une explication définitive.
  • Respecter la complexité des trajectoires humaines : les parcours résultent d’interactions multiples entre facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels.
  • Ne pas attribuer toutes les difficultés au contexte de naissance : une telle lecture risquerait de réduire excessivement la richesse des causes possibles.

Dans une perspective éthique, le projet-sens gagne donc à être utilisé comme un outil d’exploration parmi d’autres, et non comme une clé universelle d’interprétation.

5 bonnes raisons de s’intéresser au projet-sens

  1. Découvrir un concept majeur de certains courants de la psychogénéalogie.
  2. Comprendre le rôle attribué au contexte de la naissance dans certaines approches cliniques.
  3. Situer le projet-sens parmi d’autres outils d’analyse de l’histoire familiale.
  4. Développer un regard critique sur les modèles interprétatifs des origines psychiques.
  5. Enrichir sa compréhension des transmissions familiales et des récits de vie.

Restons critique

Vous l’avez compris, le projet-sens est une grille de lecture, pas une explication universelle.

Ainsi, dans une perspective critique, il apparaît comme un modèle d’interprétation proposé par certain·e·s auteur·e·s pour explorer le contexte de la naissance et les attentes familiales, et il peut nourrir une réflexion clinique ou personnelle, notamment en permettant de revisiter des récits familiaux parfois peu élaborés.

Cependant, il ne permet pas, à lui seul, d’expliquer une trajectoire de vie, car les parcours humains résultent de l’interaction entre de nombreux facteurs biologiques, psychologiques, relationnels, sociaux et culturels.

C’est pourquoi le projet-sens gagne à être utilisé comme une hypothèse de travail parmi d’autres, susceptible d’ouvrir des questionnements, mais toujours à replacer dans une compréhension globale et nuancée de l’individu·e.

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FAQ

Qu’est-ce que le projet-sens ?

C’est un concept de psychogénéalogie qui explore le contexte de la conception, de la grossesse et de la naissance comme élément de compréhension psychologique.

Qui a créé ce concept ?

Il est principalement associé aux travaux de Marc Fréchet, puis diffusé par Anne Ancelin Schützenberger.

Quel est le lien entre projet-sens et psychogénéalogie ?

Il est utilisé dans certaines approches de la psychogénéalogie comme outil d’analyse des origines et des transmissions familiales.

Le projet-sens concerne-t-il uniquement la naissance ?

Il se concentre principalement sur la période périnatale, mais peut inclure les premières expériences de vie.

Toutes les écoles de psychogénéalogie utilisent-elles cette notion ?

Non, son usage varie fortement selon les courants et les praticien·ne·s.

Le projet-sens est-il reconnu par la recherche scientifique ?

Non, il s’agit d’un concept interprétatif sans validation scientifique spécifique.

Comment explorer son projet-sens ?

À travers des entretiens, des récits familiaux, des archives et une mise en perspective des différents éléments entourant la naissance.

Quelle différence entre projet-sens et transmission transgénérationnelle ?

Le projet-sens se concentre sur la naissance et ses conditions, tandis que la transmission transgénérationnelle englobe l’ensemble des héritages familiaux sur plusieurs générations.

Pour résumer

Le projet-sens est un concept qui invite à s’interroger sur le contexte de la conception, de la naissance et des attentes familiales dans certaines approches de psychogénéalogie.

Il ne prétend pas expliquer à lui seul les parcours individuels, mais propose une grille de lecture susceptible d’enrichir une réflexion plus large sur l’histoire familiale, à condition d’être utilisée avec méthode, esprit critique et prudence.

Dernière mise à jour de cet article le 02 juillet 2026.

Laurent Bertrel est le fondateur d'Agoracadémie. Titulaire d'une licence en sciences humaines et sociales, d'une maîtrise et d'un master en psychanalyse, d'un master en études culturelles parcours études de genre, du DU connaissances générales de la personne âgée, il est aussi formé à différentes approches dont la PNL, la sophrologie, la relaxation, l'hypnose, le coaching, la méditation, les arts martiaux, etc. Auteur de plus de 40 ouvrages, dont 18 livres, il anime plusieurs formations sur Agoracadémie et répondra au message que vous allez laisser ci-dessous.

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