Psy

La psychanalyse à distance est-elle une bonne idée ?

Depuis la pandémie, de nombreux psychanalystes ont proposé la psychanalyse à distance, alors qu’auparavant, la très large majorité y était opposée.

L’argument principal était clair :

la relation analytique ne pouvait se mettre en place sans une présence corporelle réelle.

Le cabinet, le divan, la pièce partagée constituaient un cadre indispensable.

Le corps parlait, au-delà des mots.

Le silence avait une texture.

L’atmosphère elle-même participait du travail psychique.

Il est vrai que nous n’écoutons pas seulement avec nos oreilles, puisque nous percevons des inflexions, des micro-mouvements, des tensions, des respirations.

En effet, la communication corporelle est un langage en soi, et continuer à la lire sans être dans la même pièce semble plus difficile.

Difficile… mais pas impossible.

L’avènement d’Internet, la visioconférence, la qualité des connexions ont progressivement modifié l’expérience de la distance.

La Covid a accéléré un mouvement qui, sans doute, aurait fini par s’imposer d’une manière ou d’une autre.

Par la force des choses, analystes et analysant·e·s ont expérimenté une nouvelle forme de cadre.

Certain·e·s y ont trouvé une continuité possible du travail.

D’autres ont confirmé leur conviction initiale : pour eux ou pour elles, l’analyse suppose une coprésence physique.

Ce débat n’oppose pas le vrai au faux, il révèle une pluralité de positions.

Et cette pluralité est logique, puisque nous sommes différents.

Ainsi, ce qui fonctionne pour l’un·e peut ne pas convenir à l’autre.

L’essentiel est peut-être moins de trancher théoriquement que d’interroger la situation singulière de chaque personne.

Le distanciel est une chance

Oui, la psychanalyse à distance représente une opportunité réelle pour de nombreuses personnes.

Certaines situations rendent le déplacement difficile, voire impossible :

  • situations de handicap
  • anxiété sociale ou agoraphobie
  • contraintes professionnelles lourdes
  • absence d’offre thérapeutique à proximité
  • expatriation, etc.

Le désert médical dans certaines zones rurales est une réalité.

L’accès à un·e psychanalyste qualifié·e peut nécessiter plusieurs heures de transport.

Cela implique un coût financier et temporel que tout le monde ne peut pas assumer.

Faut-il alors réserver la psychanalyse à celles et à ceux qui vivent dans les grandes villes ?

La question mérite d’être posée, n’est-ce pas ?

Pour l’expatrié·e, un autre enjeu apparaît : celui de la langue.

Une analyse engage le rapport intime aux mots, aux souvenirs d’enfance, aux signifiants culturels.

Travailler dans sa langue maternelle peut être essentiel.

Or, trouver un·e analyste partageant la même langue et la même culture dans son pays d’accueil n’est pas toujours possible.

Dans ces situations, la psychanalyse à distance n’est pas un luxe technologique, elle est un pont.

Mieux vaut un travail possible à distance qu’une impossibilité totale d’accès.

Les autres avantages du distanciel

Au-delà de l’accessibilité géographique, d’autres bénéfices existent.

Le coût

Le coût peut être moindre.

Le praticien ou la praticienne n’a pas toujours les mêmes frais de cabinet pour ces séances spécifiques.

Le cadre

Le cadre matériel est différent, et cela peut permettre d’élargir l’accès à des personnes qui n’auraient pas envisagé une analyse pour des raisons budgétaires.

La souplesse

Le distanciel offre également une certaine souplesse organisationnelle.

Les déplacements sont supprimés et les horaires peuvent être plus facilement aménagés.

Pour certaines personnes, cette flexibilité favorise la régularité du travail.

Le chez soi

Il existe aussi un phénomène plus subtil qui est qu’être chez soi peut permettre une forme de relâchement, puisque l’environnement familier rassure.

Ainsi, la parole peut parfois se libérer plus rapidement.

Certes, le cadre « habituel » est différent, mais il n’est pas nécessairement moins contenant.

Bien sûr, cette familiarité peut aussi être un frein (présence d’un·e conjoint·e, d’enfants, difficulté à garantir la confidentialité, etc.), comme nous le détaillons dans l’article psychanalyse en ligne.

Psychanalyse

Contact psy à distance

Laurent Bertrel

Ce que dit la littérature psychanalytique sur l’analyse à distance

La réflexion sur l’analyse à distance ne date pas de la pandémie.

En effet, elle existait déjà, notamment autour des cures par téléphone ou des situations imposées par l’éloignement.

Dans la Revue française de psychanalyse, un article de 2011 consacré à l’analyse à distance examine précisément ses conditions, ses avantages et ses limites (voir l’article sur Cairn en cliquant sur le lien ci-avant).

L’auteur, Alain Gibeault, y souligne que la distance ne supprime pas nécessairement le transfert, mais qu’elle en modifie les modalités.

La voix prend une importance accrue.

L’absence du corps visible peut renforcer certaines projections imaginaires.

Le cadre doit être redéfini avec précision :

  • régularité,
  • confidentialité,
  • qualité de la connexion,
  • gestion des interruptions.

Cet article insiste également sur la nécessité de penser le dispositif plutôt que de le subir.

Une conclusion advient alors : l’analyse à distance ne peut fonctionner que si elle est intégrée dans une réflexion clinique, et non simplement adoptée pour des raisons pratiques.

Cette perspective nuance les positions trop tranchées, à savoir ni solution miracle, ni hérésie technique, mais un dispositif à penser en fonction de chaque situation forcément singulière.

L’analyse à distance

La psychanalyse repose sur un cadre qui peut se résumer ainsi :

  • fréquence,
  • durée,
  • paiement,
  • confidentialité,
  • position du corps (divan ou face-à-face).

Ce cadre ne disparaît pas à distance, car il se transforme.

Par conséquent :

  • l’écran devient un élément du dispositif,
  • le téléphone peut remplacer le regard,
  • la pièce n’est plus partagée, mais deux espaces distincts se relient.

Cependant, attention, ce déplacement n’est pas anodin.

Par exemple :

  • En cabinet, le silence est commun, alors qu’à distance, le silence peut être vécu comme une coupure.
  • Une latence technique peut être interprétée psychiquement, et une image figée peut produire un effet d’abandon ou d’irritation.

Autrement dit,

la technique devient partie prenante du matériel analytique.

Mais n’est-ce pas toujours le cas ?

En effet, le moindre élément du cadre – un retard, un changement d’horaire, une modification du fauteuil – peut susciter des réactions transférentielles.

Ainsi, l’analyse à distance rend simplement ces éléments plus visibles.

Le véritable enjeu n’est donc pas tant la distance que la capacité du praticien ou de la praticienne à maintenir un cadre symbolique solide.

Les avantages de l’analyse à distance

Les avantages spécifiques méritent d’être distingués des simples aspects pratiques.

Pour illustrer notre propos, voici quelques exemples.

Accessibilité élargie

La psychanalyse devient accessible à des personnes isolées géographiquement ou socialement. Elle peut même être ouverte dans des pays où elle n’existe pas, ou très (trop) peu.

Continuité des cures

Un déménagement, une expatriation, une hospitalisation n’imposent plus nécessairement une interruption du travail engagé.

Travail sur l’absence

L’absence physique peut mettre en lumière certaines problématiques liées à la séparation, à la dépendance ou à l’autonomie.

Renforcement de la dimension verbale

Lorsque le corps visible est moins présent, la voix, les mots, les silences prennent une intensité particulière.

Réduction de certaines inhibitions

Certaines personnes parlent plus librement derrière un écran qu’en présence directe.

Bref, pour certain·e·s analysant·e·s, la distance constitue paradoxalement une proximité psychique plus grande.

Nous pouvons alors en conclure que l’intimité n’est pas toujours proportionnelle à la proximité physique.

Psy en ligne ou au cabinet ? Qu'allez-vous choisir ?

Les inconvénients de l’analyse à distance

Il serait cependant naïf d’en faire un modèle universel.

Là encore, voici quelques exemples permettant d’illustrer notre propos.

Perte d’indices corporels

Les micro-expressions, la posture, l’énergie globale sont moins perceptibles, surtout par téléphone.

Cadre domestique parfois peu propice

La confidentialité peut être compromise, car l’espace personnel n’est pas toujours sécurisé.

Risque de banalisation

Une séance depuis son salon peut perdre le caractère symboliquement distinct du rendez-vous en cabinet.

Dépendance à la technique

Coupures de connexion, problèmes de son, distractions numériques peuvent perturber la séance, voire même l’annuler.

Non-adaptation à certaines pathologies

Certaines structures psychiques nécessitent un cadre très contenant, difficile à garantir à distance.

En bref, la distance peut aussi devenir un refuge défensif.

Ainsi, éviter le cabinet peut signifier éviter une confrontation plus directe.

Dans ce cas, le dispositif doit être interrogé.

La distance : obstacle ou outil ?

La question centrale n’est peut-être pas : « Est-ce que ça marche ? »

Mais plutôt : « Pour qui, dans quelles conditions, et à quel moment ? »

Une psychanalyse à distance n’est ni inférieure ni supérieure en soi : elle est différente.

Le travail transférentiel peut s’y déployer, à condition que le cadre soit clairement défini et que les deux parties soient engagées dans la démarche.

Refuser en bloc le distanciel peut relever d’un attachement au cadre traditionnel.

L’adopter sans réflexion peut relever d’un enthousiasme technologique naïf.

Par conséquent, la position la plus rigoureuse reste clinique :

  • observer,
  • évaluer,
  • ajuster.

Pour résumer et conclure

Nous pouvons dire qu’il y a là une possibilité à penser, pas à imposer

La psychanalyse à distance s’est imposée dans un contexte de crise sanitaire, mais elle ne relève pas d’un simple effet de mode.

Elle ouvre l’accès à des personnes qui en étaient exclues :

  • habitant·e·s de zones rurales,
  • expatrié·e·s,
  • personnes en situation de handicap,
  • sujets anxieux face aux déplacements, etc.

Elle modifie le cadre, transforme la place du corps, intensifie la dimension vocale et impose une réflexion spécifique sur le transfert.

Comme toute méthode, elle comporte des avantages réels :

  • accessibilité,
  • continuité,
  • souplesse,
  • parfois libération de la parole, etc.,

mais elle présente également des limites :

  • perte d’indices corporels,
  • dépendance technique,
  • cadre domestique imparfait,
  • inadéquation possible pour certaines structures psychiques, etc.

La psychanalyse à distance n’est donc ni un ersatz ni une révolution salvatrice.

Elle est un dispositif parmi d’autres.

Cependant, il y a une constante : l’essentiel reste la qualité de la rencontre, la solidité du cadre symbolique et l’engagement dans le travail analytique.

Peut-être que la vraie question n’est pas de savoir si la distance est un problème, mais si elle permet – ou non – que quelque chose de l’inconscient puisse se dire.

Et cela, seul un essai singulier peut le révéler.

Dernière mise à jour de l’article le 19 février 2026

Laurent Bertrel est le fondateur d'Agoracadémie. Titulaire d'une licence en sciences humaines et sociales, d'une maîtrise et d'un master en psychanalyse, d'un master en études culturelles parcours études de genre, du DU connaissances générales de la personne âgée, il est aussi formé à différentes approches dont la PNL, la sophrologie, la relaxation, l'hypnose, le coaching, la méditation, les arts martiaux, etc. Auteur de plus de 40 ouvrages, dont 18 livres, il anime plusieurs formations sur Agoracadémie et répondra au message que vous allez laisser ci-dessous.

Laissez un message

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Index