La psychanalyse en ligne peut-elle réellement remplacer le cabinet ?
La psychanalyse en ligne peut-elle s’envisager ?
Si pendant longtemps cela n’était pas envisageable, depuis la pandémie, la psychanalyse en ligne est devenu une réellement possibilité.
Mais est-ce aussi efficace qu’une analyse disons classique, c’est-à-dire en cabinet et sur un divan* ?
D’autre part, est-ce fait pour vous ?
Voici quelques questions sur lesquelles nous allons essayer ici de répondre.
* Notez que le divan n’est généralement plus une obligation.
La « magie » de la pandémie
La pandémie a eu ceci de « magique » : ce qui n’était pas possible avant, l’est devenu à cause des confinements.
S’il existait déjà quelques pionnier·ère·s travaillant comme psy en ligne, de très nombreux·ses praticien·ne·s ont décidé de changer leur pratique en adoptant le distanciel.
Il était effectivement impératif, pour de nombreux·ses patient·e·s, de continuer la thérapie, surtout en ce temps si particulier, pesant et dramatique.
Cette adoption précipitée n’a clairement pas été un choix.
Mais, finalement, c’est pour beaucoup de psys devenu un nouveau mode d’accompagnement.
Pour d’autres, par contre, cela ne reste possible qu’en cas d’urgence, et encore.
Dans un cas comme dans l’autre, cela fonctionne !
Sinon, personne n’aurait continué, et personne ne proposerait encore cette manière de procéder.

Contact psy en ligne
Laurent Bertrel
La psychanalyse en ligne est-elle aussi bien ?
Il faudrait déjà passer du temps sur la définition de « bien », ou de « efficace » que nous avons utilisé ci-avant.
Mais, pour faire simple, il n’y a pas de règle.
En effet, d’un côté ou de l’autre du divan virtuel, il y a des personnes qui assurent qu’il s’agit là d’une magnifique alternative, pendant que d’autres affirment à ce jour ne plus vouloir recommencer.
Cela semble logique, puisque nous sommes tou·te·s différent·e·s, nous avons tou·te·s des besoins et des attentes différentes.
Un sujet peut donc trouver dans la psychanalyse en ligne le parfait endroit pour travailler ce qui doit l’être, et qui pourrait dire alors qu’il est dans l’erreur ?
Ne pourrions-nous pas tout autant prétendre que celui ou celle qui refuse le distanciel est dans l’erreur ?
Personne n’a raison, à part celui ou celle qui vit la situation.
S’iel a l’occasion de la vivre bien, où est le problème ?
Pour qui ?
La réponse peut être relativement simple : pour celle ou celui qui le souhaite !
Et nous pouvons préciser : pour celui ou celle qui le peut !
Pas d’un point de vue matériel, puisqu’un simple téléphone mobile suffit.
Le désert médical n’étant pas une légende, si vous habitez en rase campagne, ou que vous êtes en situation de handicap (physique ou psychique), voire expatrié·e dans un pays non-francophone, avez-vous vraiment le choix ?
Puisque cette alternative est proposée par des professionnel·le·s formé·e·s aussi bien à la thérapie qu’à l’accompagnement à distance, pourquoi ne pas essayer ?
Bien sûr, si vous avez un·e psy juste à côté de chez vous, il est sans doute préférable d’aller d’abord chez lui ou chez elle, surtout si vous êtes actuellement particulièrement déprimé·e, donc en danger.
C’est le plus rapide et le plus simple, alors pourquoi s’en priver ?
Foncez !
Mais a-t-iel seulement la capacité de vous prendre comme patient·e ?
On sait que les psys sont débordé·e·s, sauf peut-être celui ou celle venant juste de s’installer.

L’importance de la relation patient·e/thérapeute
Cependant, il n’est pas toujours dit que l’on trouve facilement un·e psy proche de chez soi et surtout qu’iel nous convienne…
Ce point est effectivement essentiel :
Il semble bien que le plus important soit la relation avec le thérapeute, non la méthode qu’il utilise.
Si trouver SON PSY du premier coup est une possibilité, il n’est pas rare de devoir en « essayer » plusieurs avant de trouver le bon.
Le distanciel peut sans doute vous permettre cela plus aisément que le présentiel.
En bref, est-il préférable :
- d’aller chez un·e psy qui ne nous convient pas,
- ou bien d’opter pour le distanciel auprès d’un·e praticien·ne avec lequel ou laquelle cela semble coller,
- ou encore de ne rien faire ?
Si le dernier point semble être une mauvaise idée, surtout si vous broyez du noir, il vous appartient maintenant de choisir entre le divan d’un cabinet et la psychanalyse en ligne.
Être chez soi : avantage ou difficulté ?
À première vue, être chez soi semble représenter un avantage évident.
Pas de trajet, pas de salle d’attente, pas de retard lié aux transports, etc.
On se connecte, on parle, puis on referme son ordinateur.
Mais la psychanalyse ne se réduit pas à un échange verbal.
Elle engage un espace psychique.
Et cet espace est souvent soutenu par un déplacement.
Se rendre chez son ou sa psy, c’est aussi quitter son quotidien.
C’est sortir de son environnement habituel.
C’est marquer une coupure symbolique entre le monde extérieur et le temps de la séance.
À domicile, cette frontière peut devenir plus floue.
De plus, la présence d’un·e conjoint·e, d’enfants, de colocataires, même dans une autre pièce, peut limiter ce qui peut être dit.
Le simple fait de savoir que quelqu’un pourrait entendre modifie parfois la parole.
Certain·e·s patient·e·s apprécient au contraire cette continuité.
Iels se sentent plus détendu·e·s, plus libres, parfois même plus authentiques.
Ici, le cadre familier rassure et la parole circule différemment.
Il y a aussi la question de l’après séance.
En cabinet, la séance se termine, on traverse la ville, on marche, on conduit…
Il existe un temps de digestion, c’est-à-dire une transition.
En ligne, on referme l’ordinateur… et l’on retourne immédiatement à sa quotidienneté.
Cela n’est ni bien ni mal, mais cela demande peut-être une attention particulière et une prise de temps pour digérer la séance sans se jeter sur ses obligations quotidiennes.
Certain·e·s choisissent par exemple de toujours s’installer au même endroit pour leur séance, d’allumer une lampe spécifique, de prévoir quelques minutes de silence avant et après, pour créer un rituel, un seuil d’entrée et de sortie.
Car le cadre analytique ne dépend pas uniquement du lieu physique.
Il repose aussi sur la manière dont on l’investit.

Comment savoir si cela vous convient ?
La question n’est donc pas tant de savoir si la psychanalyse en ligne est « meilleure » ou « moins bonne » que le présentiel.
La vraie question est plus intime :
est-ce que cela vous convient, à vous, aujourd’hui ?
Il n’existe pas de test objectif pour le déterminer à l’avance.
En revanche, certains indices peuvent vous orienter.
Ainsi, vous pouvez vous demander :
- Vous sentez-vous capable de parler librement depuis chez vous ?
- Disposez-vous d’un espace suffisamment calme et confidentiel ?
- Avez-vous tendance à vous disperser facilement lorsque vous êtes face à un écran ?
- Ou au contraire, vous sentez-vous plus en sécurité derrière cette médiation technologique ?
Certain·e·s redoutent que l’écran crée une distance froide.
D’autres découvrent qu’il atténue une anxiété liée à la proximité physique.
Il est également utile d’être honnête avec soi-même sur ses motivations :
- Cherchez-vous principalement une solution pratique ?
- Ou êtes-vous prêt·e à vous engager dans un véritable travail sur vous-même, quel que soit le dispositif ?
Car le format ne remplace pas l’engagement.
La profondeur d’une analyse dépend moins du nombre de kilomètres séparant deux personnes que de la place que chacune accepte d’occuper dans le processus.
Il peut être rassurant de se rappeler qu’un premier entretien n’engage pas nécessairement sur plusieurs années.
Essayer permet souvent de ressentir rapidement si le cadre vous convient.
Et si ce n’est pas le cas, cela ne signifie pas que la psychanalyse ne vous correspond pas.
Peut-être, simplement, que ce format précis n’est pas le bon pour vous, aujourd’hui…
Pour conclure
Alors, la psychanalyse en ligne peut-elle s’envisager ?
Oui, sans doute.
Elle s’envisage aujourd’hui parce que :
- les circonstances l’ont rendue possible ;
- des professionnel·le·s formé·e·s ont adapté leur pratique ;
- des patient·e·s y trouvent un espace réel de transformation.
Mais elle ne s’impose pas.
Comme toute démarche analytique, elle repose sur une rencontre, sur un cadre, sur une parole qui cherche à se dire.
Le lieu – cabinet ou domicile – n’est pas insignifiant, puisqu’il influence le vécu, la dynamique, la temporalité.
Pourtant, il ne constitue pas l’essence du travail.
L’essentiel demeure ailleurs :
dans le désir de comprendre ce qui se joue en soi.
Dans la volonté de ne pas rester seul·e face à ses répétitions, ses angoisses, ses impasses.
Ne rien faire, parfois, semble plus confortable à court terme.
Mais si quelque chose en vous insiste, si une souffrance revient, si des questions demeurent sans réponse, alors peut-être est-il temps d’oser, en cabinet ou en ligne.
Et si le doute persiste, il reste une solution simple : essayer.
Car c’est souvent l’expérience elle-même qui apporte la réponse.
D’avance, bonne thérapie à vous !
→ Pour aller plus loin, nous vous invitons à découvrir l’article Traitements psychanalytiques en ligne : une expérience personnelle rédigé par Irene Oromí pour la Revue Belge de Psychanalyse, 2017/2, N° 71 (lisible sur Cairn).
Dernière mise à jour de l’article le 18 février 2026








